De la plaque de cuivre au dessin, la touche Dany E

Les Journées Nationales des Artistes, une excuse parfaite pour aller rendre visite à une dizaine de minutes de Airaines à Dany E, une artiste samarienne spécialiste de la gravure. Accueillis dans son atelier, elle nous y a expliqué avec précision son art et les différentes techniques qui le compose. Du noir et blanc, de la couleur, des femmes silencieuses, un rendu qui se rapproche du dessin, un carnet de croquis rempli d'idées. Nous voici dans un monde qui nous embarque au sein de la subjectivité féminine. 

Dany E, pour l'amour de la gravure

À quinze minutes au large de Flixecourt, nous sommes arrivés chez Dany E, qui a eu la gentillesse de nous ouvrir les portes de son atelier.

Déjà lancée dans des études artistiques, elle découvre la gravure au milieu des années 90, ensemble de procédés qui s'est instantanément transformé en passion. "J'ai découvert les différentes techniques au fur et à mesure des années et je trouve que la technique, c'est à l'infini" nous précise-t-elle.

Dans le paysage de la gravure contemporaine, Dany Ennuyer est à l'origine d'un univers qui nous fascine par sa patte : des éléments et décors récurrents, nuages, pluie, jardin, océan, et des personnages uniquement féminin. Aujourd'hui adepte de la Manière Noire, technique dont elle nous a décomposé le processus, ses images empruntent une voie mélancolique, qui s'écarte quelque peu du style coloré de ses périodes précédentes. 

L'intériorité par le silence

"J'avais envie de travailler à ce qu'elles soient le plus silencieuses possible. Trouver le regard, parler d'un moment, d'un bruit" nous explique-t-elle. Les gravures de notre samarienne représentent des états intérieurs, des humeurs, des atmosphères. Le silence de ces jeunes femmes est un moyen pour notre artiste de laisser son intériorité s'exprimer à travers ses outils, ses procédés et, par extension, ses oeuvres.

Les émotions ne passent plus par une expressivité faciale ou corporelle, le regard reste neutre, l'ambiance parle pour elle-même. Les décors nocturnes sont vecteurs d'émotions, ils nous permettent d'interpréter ce que ressentent ces femmes. 

Elle réussit à nous transporter dans ce monde où la parole muette est la plus bruyante, celle que nous n'entendons pas mais ressentons. Les mots deviennent alors inutiles, eux qui d'ordinaire donne le ton, sont dans ces images obsolètes.

Peinture dany ennuyer leandre leber oyez oyez 5

L'importance du choix de la technique

Notre graveuse qui cherche à exprimer, par ses chalcographies (gravure sur cuivre), sa propre subjectivité se doit de réfléchir à la technique à employer avant tout : "le médium doit être en accord avec la façon dont on a envie de montrer les choses". 

Cette philosophie artistique l'a amené à créer via la Manière Noire, un processus qui ne lui était pas inconnu mais qu'elle considérait trop complexe pour elle. Il y a deux ans, malgré sa peur de ne pas être à la hauteur, elle a sauté le pas et s'est lancée pour découvrir, au final, qu'elle avait non seulement le niveau mais également le talent pour produire des images au moyen de cette technique. Elle l'a depuis entièrement adopté puisque celle-ci correspond à ce que notre minutieuse chirurgienne de la gravure souhaite développer. 

La Manière Noire, de la rigueur et de la patience

Tout commence à partir d'une plaque de cuivre lisse. Cette plaque, entre ses mains, va être bercée à l'aide d'un outil : le berceau (instrument en acier dont l'extrémité est munie d'une lame courbée dentelée). Une multitude de petits creux va ainsi pouvoir être laissée sur la plaque, par un mouvement de balancement en va-et-vient. Une première couche de creux sera réalisée, puis la plaque tournée de 15 degrés, une deuxième couche de creux sera apposée et ainsi de suite, et ce un nombre de fois qui dépendra des dimensions de la plaque. 

Cette fastidieuse étape de passée, deux autres outils entreront en jeu : le brunissoir et le grattoir. Le premier cité, de par sa pointe incurvée, servira à polir le support, affiner les créations et réaliser des détails. Le second, permettra de gratter la plaque afin de faire disparaître les traits indésirables et effectuer des corrections : "selon comment on va gratter, ce qui dépend de la force exercée sur la plaque, on va avoir plusieurs nuances de gris jusqu'au blanc" nous détaille-t-elle.

Alors que la première étape est faite pour noicir la plaque, pour la deuxième : "on part du noir pour arriver à la lumière, au blanc. On fait le travail à l'envers" ajoute-t-elle.

Tout un processus que son compagnon, le peintre Thomas Groslier, n'aurait pas la patience de suivre, ce qu'il nous a expliqué avec humour lorsque nous l'avons interrogé.

Peinture dany ennuyer leandre leber oyez oyez 4

De la gravure aux petites choses, il n'y a qu'un pas

En dehors de la Manière Noire, les mains et le savoir-faire de Dany Ennuyer lui servent à confectionner toutes sortes de petites choses. Cette fois en couleur, c'est une nouvelle facette de la créatrice que nous découvrons à travers cette panoplie de bijoux, broches, accessoires en tout genre. Des petites pièces pour illuminer nos tenues quotidiennes. 

L'univers et le style restent les mêmes, les éléments omniprésents dans ses oeuvres s'invitent aussi, mais ici tout est mis au service d'un artisanat qui offre à ses acheteurs et acheteuses une belle manière d'égayer leur garde-robe. 

Dany Ennuyer est une maîtresse de la gravure qui, par l'univers qu'elle nous propose, met à nu ses états intérieurs par des oeuvres usant de diverses techniques, de la Manière Noire au bi-plaque, choisies avec minutie pour au mieux illustrer ses désirs créatifs. Au-delà de sa production chalcographique, ses petites choses apportent une touche colorée et de l'originalité à notre quotidien sans fourvoyer son style et sa patte. 

Interview par Léandre Leber & Barnabé Bosquet

Rédaction par Barnabé Bosquet

Crédit Photo : Léandre Leber - oyezoyez.fr

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