Céradiane : Modeler la matière et transmettre une émotion

Le 01/06/2026

Dans Magazine

Installée depuis plus d’un mois dans son nouvel atelier rue Voyelle à Amiens, Diane Delplanque, fondatrice de Céradiane, nous a ouvert les portes de son univers dédié aux créations en céramique et aux ateliers créatifs. 

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Installé au 9 bis rue Voyelle à Amiens, l'atelier de Diane Delplanque se distingue par une approche artisanale rigoureuse où la terre est travaillée avec patience et précision. Que ce soit pour des vases, des objets décoratifs, des pièces sur mesure ou des ateliers créatifs, chaque création incarne un savoir-faire authentique, à l'opposé des productions standardisées que l’on voit trop souvent.

"C'est presque le destin qui m'a poussée à devenir céramiste" : Le parcours atypique de Diane

Rien ne prédestinait Diane Delplanque à devenir céramiste. Ancienne professionnelle de l’immobilier formée aux Arts et Métiers à Paris, elle a travaillé quinze ans dans ce secteur. "Mon objectif au départ, c’était d’avoir mon agence immobilière", raconte-t-elle. "J’ai travaillé dans la gestion locative, les copropriétés […] puis j’en ai eu marre des problèmes des autres."

C'est lors d'un bilan de compétences que sa trajectoire a changé : "On m’a reconnectée à la petite fille que j’étais. Je jouais aux Lego, je faisais de la pâte à sel, je dessinais beaucoup… Tout ça est remonté." Curieuse, elle a testé diverses activités, de la langue des signes à la couture, avant de découvrir la céramique. "La couture, ça allait trop vite pour moi. La céramique, au contraire, c’est très long, très fastidieux. Et finalement, c’était exactement ce qu’il me fallait." Très vite, elle développe une passion pour cette discipline : "Pendant les cours, j’oubliais tout. Je pouvais allier le plaisir intellectuel de la conception et le côté manuel de créer quelque chose."

Sa professeure, la céramiste Séverine Digonnet, l’encourage rapidement à poursuivre. "Elle m’a dit : "Tu as quelque chose. Je ne sais pas ce que tu en feras, mais tu as du talent." S'en sont suivies plusieurs étapes, jusqu'à l'ouverture de son atelier le 1ᵉʳ avril 2025, "et ce n'est pas une blague", plaisante Diane. 

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Le modelage, une liberté de création infinie

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L'artisane samarienne a rapidement choisi de se spécialiser dans le modelage pour sa liberté créative. Il y a notamment le tournage (qui ne se souvient pas de la fameuse scène de Ghost ?) et le modelage en céramique, "et moi j’ai choisi le modelage parce que les possibilités sont infinies." Contrairement au tournage ou au moulage, cette technique lui permet de créer des pièces uniques, de formes variées : "Je peux faire des formes rondes, rectangulaires, hexagonales…Cette liberté correspond à sa personnalité : "Je réfléchis en arborescence", explique-t-elle. Elle se distingue aussi des créateurs fabriquant en série, obtenant toujours la même pièce. "Moi, je ne suis pas du tout dans cette démarche", nous livre Diane. Chez la céramiste, chaque création est pensée individuellement : "Une personne, une création, une émotion. Quand quelqu’un flashe sur une pièce, il sait qu’il n’en existera pas une autre identique."

Une matière exigeante... et parfois imprévisible

Dans son atelier, Diane parle de la terre comme d'une matière vivante. "La céramique, ce n’est pas de la pâte à modeler, insiste-t-elle. La terre a une mémoire." Le moindre geste peut avoir des conséquences des semaines plus tard. "Il faut éviter d’incorporer de l’air dans la terre, sinon les pièces explosent dans le four." Le processus est long : séchage, puis deux cuissons successives. La première, la cuisson "biscuit", monte à 980 degrés pour solidifier la pièce. La seconde, entre 1240 et 1300 degrés, permet de vitrifier l'objet après l'émaillage. Une cuisson prend entre 48 et 52 heures. Il faut monter progressivement en température puis laisser refroidir lentement pour éviter les chocs thermiques. Elle travaille principalement le grès pour sa couleur naturelle : "J’adore la couleur naturelle du grès. Souvent, quand j’ajoute de la couleur, je trouve finalement que la pièce était plus belle au naturel."

La réalité du temps consacré à chaque pièce explique ainsi le prix de ses créations. "Les gens ne se rendent pas compte du temps que cela demande", note-t-elle. Une pièce peut nécessiter plusieurs semaines de travail, incluant fabrication, séchage (dix à quinze jours), cuissons et émaillage. "Si je me concentre uniquement sur une production, il faut déjà plusieurs jours de fabrication, puis dix à quinze jours de séchage, ensuite les cuissons, puis l’émaillage… Au total, certaines créations nécessitent quatre à six semaines.

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Des créations uniques

Diane Delplanque refuse de suivre les effets de mode : "Je ne fais pas ça pour suivre les tendances internet." Elle privilégie une esthétique sobre, et donc intemporelle : "J’aime les formes épurées, les lignes géométriques, les textures naturelles." Selon elle, cette approche séduit les jeunes générations : "Les moins de 30 ans ont vraiment envie d’acheter moins mais mieux. Ils cherchent des objets avec une histoire." Elle ne cède pas aux tendances décoratives : "Si quelqu’un veut absolument une tasse léopard parce que c’est tendance, ce n’est pas chez moi qu’il faut venir."

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Des ateliers, et des projets sur mesure

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Depuis l'ouverture de son nouvel espace amiénois, elle propose des ateliers, limités à six personnes pour un accompagnement personnalisé. "Je ne voulais pas imposer le même projet à tout le monde." Chaque participant vient avec ses idées, et son rôle est d'aider les gens à réaliser ce qu’ils ont dans la tête. L'apprentissage demande de la rigueur : "En céramique, il faut toujours avoir un coup d’avance." Elle insiste sur l'anticipation : "Souvent, je leur dis : prenez un papier et dessinez ce que vous voulez faire avant de commencer."

Toujours dans cette optique de privilégier l’authentique, la céramiste développe des projets sur mesure. Elle collabore déjà avec des architectes pour des défis concrets ; elle s’est par exemple lancée dans des moulages de ventres de femmes enceintes transformés en coupes, devenant un véritable objet de décoration chargé de sens : "Tu te retrouves avec une grande coupe comme un centre de table. Toi, tu sais que c'est ton ventre, mais les gens qui viennent chez toi, ils ne le savent pas." Un souvenir matérialisé que les futures mères peuvent garder à vie !

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Le mot d'ordre : l'émotion

Pour la Samarienne, l'objet artisanal doit avant tout avoir du sens. "Ce qui m’anime, c’est l’intention et l’émotion que procure une pièce unique." La personnalisation est centrale : elle réalise des cadeaux de naissance, des lampes ou des objets gravés de messages intimes. Elle évoque une assiette faite pour son neveu passionné de hockey : "Quand il a ouvert le cadeau, il a regardé l’assiette, puis m’a regardée en demandant : “C’est pour moi ?” Et là je me suis dit : si tu arrives à toucher un adolescent avec un objet, c’est gagné." Un autre exemple est un mug pour sa nièce avec une carte du monde : "Ce sont des objets qui vont accompagner les gens toute leur vie." Même les détails invisibles comptent : "Je propose souvent de graver derrière les pièces une date, un prénom ou un souvenir. Les gens disent parfois “ça ne se voit pas”, mais justement : toi, tu le sais.

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"La chose dont je suis la plus fière, c'est d'avoir tenté l'aventure"

Malgré les contraintes, Diane ne regrette pas sa reconversion : "La chose dont je suis la plus fière, c’est d’avoir tenté l’aventure" même s'il elle la mène avec prudence : "Il y a une vraie réalité économique derrière l’artisanat. Il faut réussir à créer, transmettre, gérer son entreprise et continuer à produire." Et si elle propose encore quelques pièces utilitaires, Diane souhaite désormais se consacrer davantage à la décoration intérieure et aux commandes sur mesure. "Je pense que je vais m’orienter vers des projets uniques, des appliques, des crédences personnalisées, des objets décoratifs." Une manière de reconnecter ses différentes passions : l’habitat, l’architecture intérieure et la création artisanale. "Je préfère qu’on me lance des défis", sourit-elle. 

Plus qu'un simple artisanat, la céramique de Diane devient une manière d'inscrire durablement des émotions et des souvenirs dans la matière. Et c'est peut-être là que réside la singularité de sa démarche : vouloir créer des objets authentiques, devenant presque des fragments de vie, à mille lieues des objets standardisés dominés par les tendances éphémères. 

 

Pour plus d'informations :

Elise Thomas
Crédit photos : Théo Bégler — Oyez oyez

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