“Ce qui séduit” de Juliette Boutant, une BD à ne surtout pas ghoster !

Le 30/06/2026

Dans Univers du Livre

Rencontrée lors du festival de la BD d'Amiens, Juliette Boutant est un rayon de soleil à la sauce franchise, directe et nature. Je me suis étonné de ne pas voir d’ombre autour de ses mots mais, au contraire, un espace de vie qui nous est offert dans sa bd : Ce qui séduit (Bayard Editions).

Bon sang ne saurait mentir, dit l'adage, et pour Juliette Boutant, l’univers familial y est propice ! « Mon père est dessinateur de presse. Donc, j'avais déjà un exemple de quelqu'un, à l'époque en tout cas, qui vivait pleinement du dessin. » et de préciser « avoir un parent qui vivait de son art, ça a rendu quelque chose d'accessible. » Ce qui l’a été, c’est surtout de s’autoriser à étudier cet art et d’aller vivre une décennie à Bruxelles avant de revenir à Angoulême. Aurait-elle été élevée au berceau paternel et dans les berceaux du 9ᵉ art ? Les pas sont faits et la vie, désormais, se trace en son nom et prénom.

Jouant des codes actuels de séduction, Juliette Boutant s'est inscrite sur un site de rencontre. Elle nous relate là, l’approche masculine, féminine et des “ghost” qui peuplent l'entrebâillement des portes finalement refermées…

Dès les premières lignes de cette BD, nous percevons le vrai, cette réalité que l’on boit à gorges déployées pour savoir la suite. Cette réalité qui pour ceux qui ont déjà franchi le pas de ces applications savent le pouvoir du scroll, swap et autres. L’art du ne pas dire ou de tout dire, celui de peu montrer ou trop montrer. D’un rien, plus rien. Mais dans ce récit, tout reste, le ton, le plaisir de découvrir les cases et les flashbacks. « Je vais vraiment mettre l'accent sur le storyboard, le découpage, comment est-ce qu'on raconte une histoire. C'est quoi ce qui se passe entre ces deux cases ? Qu'est-ce que je peux découper comme mouvement ? J'adore ça, ça me passionne ! » Hé bien cette transgression des cases et de genre est réussie ! 

 

Quand le lecteur devient le confident

Juliette se livre. De son enfance à ses copines, elle nous évoque comme à un psy assis dans un fauteuil, murmurant un  “mais encore”, appuyant un propos d’un “hum hum” qui ne saurait être autrement que le lecteur. « Je dirais que c'est une enquête parce qu’il y a dans cette histoire, dans ce livre, un chapitre qui m'est arrivé pendant le confinement et que j'ai cherché à expliquer pour comprendre pourquoi est-ce que ça m'était arrivé. » me confie Juliette. 

On se délecte de ses séances, de son franc-parler qui nous renvoie à nos histoires. Comme une envie de l’appeler et de lui raconter aussi nos drôles d’expériences. 

 

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Ne pas être dans son récit, c’est être ghosté !

À tel point que certains personnages croqués ont pu se reconnaître ou encore l’apostropher du fait qu’il n’y soit pas… Faire “le paon” même à son désavantage peut être aussi un honneur masculiniste… Bref, le féminisme est là, sans concession et avec drôlerie. Il nous montre nos stéréotypes, nos fragilités, mais aussi nos connivences avec le sexe opposé. « Avec mes histoires, le côté positif, c'est que j'ai pu mettre de l'humour là où je ne me serais jamais permise d'en mettre dans des histoires qu'on m'a racontées » dit l’Angoumoisine en riant. 

Attachons-nous à être nous et pas ce que voudrait un beau-père. Vivons avec nos corps et nos pensées sans le dictat d’une société qui finalement, dans notre espace européen, accepte tous les genres. Et si ça ne te va pas, bouge de là. 

Bref, j’ai siroté “Ce qui séduit” de Juliette Boutant et par ce temps de canicule, cette lecture pleine de fraîcheur est une indispensable délectation. 

 

 

Leandre Leber 
Crédit photo : Théo Bégler et Léandre Leber - Oyezoyez.fr

 

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