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Dans les coulisses du Jardin des Plantes

Le 14/01/2026

Lieu de promenade et pédagogique bien connu des Amiénois, le Jardin des Plantes d’Amiens cache pourtant une grande activité quotidienne en hiver, souvent invisible pour le public. Pour en comprendre les rouages, Charles Saint-Solieux, technicien au Jardin des Plantes d'Amiens, et responsable du site ainsi que de l'équipe botanique, nous a montré l'envers du décor de ce haut lieu amiénois.

En cette période de l’année, même en plein hiver, dans les coulisses du Jardin des Plantes, l’activité ne s’arrête jamais : "Durant cette période de l'année, tout le monde s'active pour prendre soin des plantes : à l'extérieur il y a un peu de boulot et à l'intérieur il y a plus de boulot, et ce sont des choses qui ne sont pas forcément accessibles au public" nous livre Charles. Derrière les plantes et les serres, c’est tout un travail de précision qui se met en place.

Une équipe passionnée au service des plantes

Technicien botaniste depuis huit ans, Charles travaille au sein d’une équipe de cinq personnes : trois jardiniers, un animateur nature et lui-même. Leur quotidien est rythmé par une grande diversité de missions, qui fait toute la richesse du métier. "Ce qui fait le charme de mon métier, nous dit Charles, c'est que chaque jour et année est différent, et effectivement sur l'année et sur les cycles saisonniers, on a énormément de jobs différents."

En ce moment, l’équipe est notamment mobilisée autour d’un travail minutieux : le tri et le nettoyage des graines récoltées directement dans le jardin. Ces semences sont issues des productions et des collections botaniques du site, et constituent une ressource précieuse pour la conservation et le partage des espèces — mais nous y reviendrons plus tard !

 

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Les collections botaniques du jardin proviennent de plusieurs lieux : récoltes en milieu naturel, productions sur place ou échanges avec d’autres jardins botaniques à travers le monde. Cette circulation des plantes rappelle l’époque des grands explorateurs, qui rapportaient graines, fruits et végétaux des terres fraîchement découvertes. C’est comme ça d’ailleurs qu’ont vu le jour les premiers jardins d’acclimatation, puis les jardins botaniques.

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Un jardin façonné par l’histoire

Celui d’Amiens a été créé en 1754, il est l’un des plus anciens de France. À l’origine destiné aux étudiants en médecine pour l’étude de la botanique et de la pharmacie, il a traversé les siècles et les usages.

Jardin municipal et public, le site a connu plusieurs transformations. Après la Seconde Guerre mondiale, la priorité est donnée à la production horticole afin d’embellir la ville. Le jardin devient alors un lieu de démonstration et de production, perdant temporairement sa vocation botanique. Ce n’est qu’en 2003 qu’il est réhabilité : les collections sont réenrichies et la production horticole déplacée ailleurs, redonnant au lieu toute sa clarté et son identité scientifique.

Le Jardin des Plantes s’inscrit aussi dans un territoire chargé d’histoire. Installé sur un ancien marécage, il se situe au pied de la rue du Jardin des Plantes, ancien emplacement de la citadelle d’Amiens. Les premières plantations remontent aux XIVᵉ et XVᵉ siècles. Parmi les végétaux emblématiques, un cornouiller mâle planté en 1760 — aujourd’hui mort mais conservé pour sa valeur symbolique —, témoin de cette longue histoire végétale.

 

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Une psychologie de la plante ?

Chaque plante possède une véritable carte d’identité : un genre et une espèce, désignés en latin, une langue universelle qui permet aux botanistes du monde entier de se comprendre. Lorsque l’on ajoute une variété ou un cultivar, on entre alors dans le domaine horticole. Au total, le jardin compte environ 1 200 espèces différentes, réparties sur près de 9 800 m².

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Accueillir des plantes venues du monde entier pose forcément la question de leur adaptation. Charles insiste sur la formidable résilience du végétal : "Les plantes s'adaptent à la pollution, au traitement, et s'adaptent finalement aussi à l'intervention de la main et à l'activité humaine, elles s'adaptent au climat, aux conditions climatiques et à ses prédateurs" Les serres permettent d’ajuster les conditions climatiques grâce à un régulateur hydrométrique, notamment dans le palmarium et les différentes ailes aux ambiances contrôlées. Certaines plantes y restent toute l’année, d’autres seulement l’hiver. À l’automne, les espèces les plus fragiles sont sorties de pleine terre, mises en pot, taillées et hivernées avant de retrouver l’extérieur au printemps.

Le mot d’ordre reste la cohérence écologique : "On essaie au maximum d'éviter l'interventionnisme, même si on présente des végétaux qui viennent de loin, et de ne pas mettre des végétaux qui n'ont aucune chance de passer l'hiver. Donc dans un processus et raisonnement de développement durable, il faut être cohérent avec le message qu'on veut porter et l'intention d'un jardinier et d'un botaniste." Depuis 2017, l’usage de produits chimiques est d’ailleurs interdit dans les espaces publics. "On se doit d'être exemplaire, aussi pour les particuliers, pour justement faire passer ce message-là." L’une des nombreuses missions du Jardin des Plantes est donc éducative : "On est un jardin de démonstration et de pédagogie, mais aussi scientifique, ce n'est pas un jardin ludique, ou forcément esthétique, c'est l'idée de présenter les plantes telles qu'elles sont", rappelle Charles. 

Un travail d'orfèvrerie !

Dans les espaces non accessibles au public, des graines sont récoltées avec soin, identifiées, nettoyées, triées et classées. Le travail est très minutieux : battage, tamisage, séchage… Tout est pensé pour obtenir une graine prête à être conservée ou semée.

Fabien, arrivé en novembre 2025, Patrice, arrivé en septembre, deux jardiniers du lieu, participent à ce travail d’orfèvre. "On est complètement sur un autre boulot que désherber, tailler ou planter ici", explique Charles. Une diversité de tâches qui fait la richesse du métier !

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Les graines récoltées servent ensuite à établir un Index Seminum, catalogue de semences diffusé aux jardins botaniques du monde entier. Le système repose sur l’échange, et le don. L’an dernier, 627 références ont ainsi été partagées, tandis que le jardin reçoit également des graines venues d’ailleurs, parfois d’Italie ou d’autres pays européens.

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Et en 2026 ?

Depuis 2024, le site s’est agrandi avec l’ouverture de la presqu’île, entourée par les rieux de la Somme. Cette extension propose une autre vision du jardin, autour du thème du "Voyage des plantes", rappelant les échanges botaniques à travers les siècles et le monde.

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Côté événements, le Jardin des Plantes d’Amiens continue de s’animer : la grande journée des plantes le 1ᵉʳ mai, les Journées du patrimoine, la cérémonie de la Coupe des Hauts-de-France des potagers, des ateliers de transformation et de teinture végétale, ainsi qu’un nouvel événement prévu à l’automne, petite sœur de la fête des plantes. Bref, une année 2026 riche en couleurs !

Ainsi, le Jardin des Plantes d’Amiens est bien plus qu’un lieu de promenade. Derrière ses allées, des passionnés œuvrent chaque jour pour préserver, comprendre et transmettre le monde végétal. Entre histoire, science, pédagogie et engagement écologique, le jardin est l'incarnation d'un patrimoine vivant, tourné à la fois vers le passé et vers l’avenir.

 

Elise Thomas
Crédit photo : Théo Bégler — Oyez Oyez

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