Guidés par Florence Charpentier, responsable du service communication, nous avons poussé les portes des Archives départementales de la Somme, un lieu discret mais essentiel, où se croisent histoire, patrimoine et vies ordinaires, du Moyen Âge à nos jours.
Difficile d’imaginer, depuis l’extérieur, ce que renferment les Archives départementales de la rue Saint-Fuscien à Amiens. Et pourtant, derrière ces murs, ce sont des siècles de vies, d’actes, de décisions qui reposent, soigneusement classés. "Les Archives départementales ont été créées à la Révolution française, en même temps que les départements", rappelle Florence Charpentier, "au moment où on crée les départements, on crée aussi des dépôts d’archives où est conservée la mémoire de ces territoires".
Une archive, nous explique-t-elle, c’est un acte de naissance, un jugement, un contrat de mariage, un dossier judiciaire ou notarial. En bref, tout ce que l’administration, les notaires, certaines sociétés ou particuliers produisent au fil du temps. Lorsque les documents publics n’ont plus d’utilité administrative mais présentent un intérêt historique, ils rejoignent les dépôts des Archives. "Toute notre vie, on est acteur de notre territoire", développe la responsable : naître, se marier, divorcer, mourir, chaque étape laisse une trace, et ces traces, les Archives départementales les conservent ! Les archives privées ont aussi leur place. Des particuliers confient leurs documents familiaux, par peur qu’ils ne disparaissent. Ces fonds racontent l’histoire du territoire sous un angle intime, souvent complémentaire des archives publiques.

Le chiffre donne le vertige : 23 km d’archives sont actuellement conservées sur le site principal, auxquels s’ajoutent 3 à 4 km dans une annexe située avenue Paul Claudel, conçue pour en accueillir jusqu’à 30 km (de quoi stocker encore de nombreux documents), et chaque année, de nouveaux versements viennent allonger ces rayonnages. Mais, tout n’est pas conservé aveuglément. Un tri est effectué selon des règles très précises. Certains documents sont exclus, d’autres conservés "pour l’éternité". En effet, une fois versé, un document ne quitte plus les Archives, et y reste ad vitam aeternam.
Si beaucoup de fonds sont aujourd’hui numérisés, les originaux restent indispensables, car ce sont "les seuls documents qui fassent foi", insiste Florence Charpentier. Le papier, le parchemin, la trace matérielle restent la référence.