Les Archives départementales : La mémoire vivante de la Somme

Le 20/01/2026

Dans Actualités

Créées à la Révolution française, les Archives départementales conservent la mémoire de notre territoire ainsi que celle de ses habitants. Dans la Somme, elles rassemblent plus de 20 kilomètres de documents allant du Moyen Âge à nos jours, et livrent une histoire collective faite de papiers, de parchemins, de vies ordinaires ou d’événements plus singuliers !

Des racines et des... papiers !

Guidés par Florence Charpentier, responsable du service communication, nous avons poussé les portes des Archives départementales de la Somme, un lieu discret mais essentiel, où se croisent histoire, patrimoine et vies ordinaires, du Moyen Âge à nos jours.

Difficile d’imaginer, depuis l’extérieur, ce que renferment les Archives départementales de la rue Saint-Fuscien à Amiens. Et pourtant, derrière ces murs, ce sont des siècles de vies, d’actes, de décisions qui reposent, soigneusement classés. "Les Archives départementales ont été créées à la Révolution française, en même temps que les départements", rappelle Florence Charpentier, "au moment où on crée les départements, on crée aussi des dépôts d’archives où est conservée la mémoire de ces territoires". 

Une archive, nous explique-t-elle, c’est un acte de naissance, un jugement, un contrat de mariage, un dossier judiciaire ou notarial. En bref, tout ce que l’administration, les notaires, certaines sociétés ou particuliers produisent au fil du temps. Lorsque les documents publics n’ont plus d’utilité administrative mais présentent un intérêt historique, ils rejoignent les dépôts des Archives. "Toute notre vie, on est acteur de notre territoire", développe la responsable : naître, se marier, divorcer, mourir, chaque étape laisse une trace, et ces traces, les Archives départementales les conservent ! Les archives privées ont aussi leur place. Des particuliers confient leurs documents familiaux, par peur qu’ils ne disparaissent. Ces fonds racontent l’histoire du territoire sous un angle intime, souvent complémentaire des archives publiques.

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Le chiffre donne le vertige : 23 km d’archives sont actuellement conservées sur le site principal, auxquels s’ajoutent 3 à 4 km dans une annexe située avenue Paul Claudel, conçue pour en accueillir jusqu’à 30 km (de quoi stocker encore de nombreux documents), et chaque année, de nouveaux versements viennent allonger ces rayonnages. Mais, tout n’est pas conservé aveuglément. Un tri est effectué selon des règles très précises. Certains documents sont exclus, d’autres conservés "pour l’éternité". En effet, une fois versé, un document ne quitte plus les Archives, et y reste ad vitam aeternam.

Si beaucoup de fonds sont aujourd’hui numérisés, les originaux restent indispensables, car ce sont "les seuls documents qui fassent foi", insiste Florence Charpentier. Le papier, le parchemin, la trace matérielle restent la référence.

 

Un lieu ouvert à tous

Contrairement aux idées reçues, les Archives départementales ne sont pas réservées aux historiens. La salle de lecture accueille un public très varié : retraités passionnés d’histoire locale, généalogistes amateurs, étudiants, chercheurs, professionnels chargés de retrouver des héritiers. On y vient pour comprendre l’histoire d’un village, retracer le parcours d’un ancêtre militaire, consulter la presse du XIXᵉ siècle ou explorer des dossiers d’enfants abandonnés. "On vient souvent chercher sa propre histoire."

Certaines archives restent toutefois protégées. Pour respecter la vie privée, des délais de consultation s’appliquent : 50 ans, voire 75 ans. Des dérogations peuvent être accordées aux chercheurs.

Les Archives départementales ne se contentent pas non plus de conserver ; elles montrent et expliquent. Expositions, conférences, actions culturelles rythment l’année. Après une exposition sur l’histoire des petits commerces depuis le Moyen-Âge, une nouvelle exposition sera consacrée aux 200 ans de la photographie, avec de superbes collections de plaques de verre et de tirages anciens. Un grand spécialiste de la photographie viendra également partager ses recherches lors d’une conférence.

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Petit musée des boîtes d'archives, de la plus ancienne (datant de la révolution) à la plus récente. Cela va du parchemin au carton neutre, qui n'a pas d'acidité pour conserver au mieux les documents.

Aussi, les plus jeunes ne sont pas oubliés. Chaque année, 3 000 à 4 000 enfants participent à des ateliers pédagogiques. Ici, l’histoire devient concrète : "le chevalier a existé, puisqu’on retrouve son sceau", plaisante même Florence Charpentier. 

 

Dans les entrailles du bâtiment

La visite se poursuit dans les sous-sols. Cinq niveaux, à 18 mètres de profondeur, où la température et l’humidité sont contrôlées. Ici, pas de hasard possible : chaque document a une cote, une place précise, une localisation connue au millimètre près, car si un document est mal classé, il se perd dans les méandres du lieu.

Dans la salle (avec une température particulière de 50 % d'humidité), les archives sont conditionnées dans des boîtes neutres, sans acidité (comme sur la photo ci-dessus). Ces pièces demandent une attention particulière, en raison de la fragilité de certains documents : par exemple, pour les photographies anciennes (conservées à 12 degrés), les plaques de verre, les parchemins, ou les sceaux médiévaux.
Parmi ces documents les plus impressionnants, la responsable du service communication nous montre l’un des trésors des Archives : une charte de 1278, écrite sur parchemin, témoignage d’un accord entre les autorités d’Amiens et le chapitre de la cathédrale, ou encore un document (le plus ancien) datant de 825 et issu de l’abbaye de Corbie.

Au fil de cette visite guidée, les Archives départementales se révèlent comme un lieu vivant, chargé d'histoires et d'Histoire, loin de l’image poussiéreuse qu’on leur prête parfois. Entre rigueur et volonté de transmission, elles conservent les traces uniques de notre passé, à la fois personnel et collectif. 

 

Elise Thomas et Léandre Leber
Crédit photo : Léandre Leber — Oyez Oyez

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