Immersion dans les coulisses du Zoo d'Amiens métropole avec les soigneurs animaliers

Le 27/01/2026

Dans Culture

Le temps d'une matinée, nous avons suivi Mélinda Simonnet et Clarisse Piaulenne, deux soigneuses animalières du Zoo d’Amiens Métropole dans le secteur Archipels et Savanes pour découvrir les coulisses de leur métier. Entre préparation des repas, vérification de la bonne santé des animaux et nettoyage des enclos, ces professionnelles passionnées œuvrent dans l’ombre pour garantir le bien-être des espèces.

Il fait encore nuit dans les allées du zoo, mais l’activité, quant à elle, bat déjà son plein. Chaque matin, les soigneurs animaliers, accompagnés de médiateurs-soigneurs (en formation et chargés d’encadrer les participants de la journée privilège "soigneur d’un jour", mais aussi lors des anniversaires, des visites guidées, des prestations scolaires, des évènements, de la médiation libre et des journées soigneur) ainsi que parfois de stagiaires, parcourent le parc pour prendre soin des animaux et nettoyer les enclos.

En ce mois de janvier, alors que le zoo est fermé au public jusqu’à sa réouverture début février, les matinées sont rythmées par les allers-retours des professionnels. Chacun évolue dans son secteur attitré. Ce jour-là, nous suivons l’équipe du secteur Archipels et Savanes, qui abrite les nouvelles vedettes du parc, les girafons Kirsi et Gustave, mais aussi notamment les tigres de Sumatra, un sanglier des Visayas et les cerfs du Prince Alfred, quatre des espèces les plus menacées qu’élève le Zoo. Tout au long de la matinée, nous accompagnons Mélinda et Clarisse, deux soigneuses animalières passionnées.

Première étape : la réunion du matin

À 8 heures, l’ensemble de l’équipe se réunit pour organiser la journée et faire circuler les informations importantes : événements de la veille, consignes spécifiques selon les espèces et l'animal, ou encore les points de vigilance. Parmi le groupe de soigneurs, on retrouve notamment Guillaume Mouquet, le chef soigneur, garant du bon déroulement de la journée et du bien-être de l’ensemble des animaux du parc (en plus des autres professionnels présents sur le lieu), qui coordonne l'équipe composée de seize soigneurs animaliers. 

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Chaque secteur dispose de son référent, chargé de veiller au bon déroulement des soins quotidiens, qui comprennent le repas et le nettoyage de l’enclos.

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Deuxième étape : en cuisine !

La matinée se poursuit par la préparation des repas. Chaque soigneur compose des plateaux adaptés aux espèces de son secteur, tandis qu’une personne reste en cuisine toute la journée pour préparer les rations du reste de la journée. Ici, la règle est simple : tout le monde met la main à la pâte (ou plutôt patte, ici) !

Chaque plateau correspond à une espèce, avec des portions soigneusement ajustées aux besoins spécifiques de chaque animal. La nourriture provient majoritairement du marché local. Les éléments du repas du matin ont été préparés la veille, puis redécoupés le jour même par les soigneurs.

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Mélinda nous fait visiter la cuisine et insiste sur l’organisation rigoureuse des lieux, pensée pour l’hygiène, avec un sens de circulation unique afin "d’éviter de salir les zones, qui doivent rester très propres", nous précise-t-elle. L’espace fonctionne comme celui d’un restaurant, avec des chambres froides pour les viandes et poissons, des réserves de légumes classés par catégorie, une salle de préparation dotée d’un îlot central et une "grainerie", où sont stockées graines, croquettes et pâtées spécifiques.

 

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Une fois les rations prêtes, tout est chargé dans le goupil, le véhicule de travail qui permet aux soigneurs de rejoindre leur secteur et d’entamer leur tournée : "Une fois qu’on a coupé toutes nos rations, on va tout charger dans notre goupil […] On évite de perdre du temps, c’est des journées chargées chez nous."

Troisième étape : comment vont les girafes ?

Direction l’enclos de Kirsi et Gustave. Sur le chemin, Mélinda, soigneuse au zoo depuis presque deux ans après une reconversion professionnelle, nous raconte son parcours et sa formation, qu’elle décrit comme très complète : "On va tout nous apprendre, que ce soit la vie des animaux, leur alimentation, leur façon de dormir […] les soins vétérinaires."

À l’entrée de l’enclos, celle-ci salue les girafons d’une voix enjouée, pleine de tendresse. Les jeunes animaux sont encore en phase de désensibilisation, un processus essentiel et inévitable :
C’est "le fait qu’on va les acclimater au bâtiment et à nous […] afin qu’ils puissent considérer que c’est vraiment leur parc à eux." Tout est fait pour qu'elles se sentent bien, non stressées, et que les choses se fassent en douceur. 

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La nourriture est répartie dans des gamelles et des mangeoires, en petites quantités, afin de ralentir leur prise des aliments. Les girafes étant des ruminants, il est essentiel de favoriser une alimentation longue et fractionnée.

 

"On va diviser leur repas au maximum parce que les girafes ça mange très très vite, c'est glouton, et avec leur grande langue ils vont vraiment attraper trois oignons et six carottes en même temps", plaisante Mélinda. Aussi, la luzerne (plante fourragère remplie de feuilles), disponible à volonté, joue un rôle clé : "La luzerne leur permet d’avoir des fibres […] et donc ça va favoriser entre guillemets le fait qu’ils mangent plus longtemps".

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Pour l’instant, les soigneurs n’entrent pas dans les loges, afin que les girafes s’approprient pleinement leur espace. Une fois cela fait, ils les nettoieront lorsque que les girafes seront dans la plaine, car le contact direct est impossible. Même la paille accumulée, bien que légèrement sale, ne pose aucun problème : certains parcs travaillent avec ce type de litière composée d'une épaisse couche de paille qui assure confort, sécurité et chaleur, mais qui surtout absorbe les déchets naturels de ces animaux.

 

Afin d’habituer les animaux à leur présence, les soigneurs passent régulièrement, ouvrent les portes, montent et descendent la passerelle, parfois simplement pour parler : "Le but c’est qu’ils fassent comme si on était là ou pas là afin que ça soit pareil pour eux" ajoute Mélinda. 

 

Quatrième étape : les tigres, en zone rouge

Place ensuite aux tigres, classés en code rouge, le niveau de sécurité le plus élevé du parc. Ici, aucune place pour l’erreur. Avant d’entrer, Mélinda informe son supérieur par talkie : entrée dans le bâtiment, nombre de personnes présentes, durée estimée de l’intervention.

À l’intérieur, les règles sont strictes. Il est interdit de dépasser la ligne de vie, zone de sécurité autour des loges. De plus, seuls les soigneurs habilités possèdent la clé appelée la "clé rouge", symbole de responsabilité et de sécurité renforcée, qui permet d’ouvrir la partie accessible aux tigres.

Théo Bégler - Tigre zoo

Archive Oyez Oyez 

Chaque tigre a son petit caractère. La femelle Ménya, plus calme, contraste avec ses deux petits Rimba et Toba, nés au zoo et habitués très tôt à la présence humaine. Mélinda effectue une série de vérifications grâce au training médical : positions couchées, déplacements, inspections visuelles. Elle utilise le "bridge", un sifflement qui permet de renforcer positivement les comportements attendus, cela correspond pour la soigneuse au "lien entre l'action qu'ils font et le fait qu'on soit contents d'eux, et qu'on les récompense". Leurs selles sont aussi vérifiées selon un document attestant de leur état de santé. Ainsi, tout est consigné sur une fiche de suivi, exigée notamment par l’Association Européenne des Zoos et des Aquariums.

Les enclos extérieurs font ensuite l’objet d’un contrôle minutieux : clôtures physiques et électriques, grillages, fil de secours, arbres protégés (car les tigres pourraient y grimper, et sauter 5 mètres plus loin), pierres chauffantes particulièrement appréciées en hiver comme en été, car elles gardent le froid. "On va faire la boucle, et c'est quand même un bel espace pour tigres, on en est très fiers et très contents", nous confie la soigneuse. 

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Une fois l’ensemble des vérifications réalisées, les interloges peuvent être ouvertes. La relation entre soigneurs et tigres est primordiale : "Notre voix ils vont la reconnaître ; notre odeur, ils vont la reconnaître ; notre façon de marcher pareil. C’est fou parce que l'été en plein 15 juillet, le parking full, nous on va passer et on va voir qu'ils vont nous fixer, être là et nous reconnaître".

 

Cinquième étape : le sanglier des Visayas et les cerfs du Prince Alfred

Nous poursuivons avec le sanglier des Visayas et les cerfs du Prince Alfred, accessibles en début de visite pour le public. Ici, le zoo ne fait pas de reproduction : le parc accueille notamment des individus âgés ou des mâles en surplus, afin de réguler les populations dans les autres zoos. 

 

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Mélinda nous explique : "On prône le fait de récupérer les mâles en surplus, donc les individus qui commencent à troubler l'ordre du groupe ou les vieux individus qui sont éjectés du groupe, parce que ces animaux sont très sociaux et généralement on va avoir un mâle dominant qui va être en harem avec toutes ces femelles, et il y aura d'autres mâles qui vont être en périphérie du groupe en guise de protecteur ou marquer les territoires". Ainsi, si le mâle dominant les accepte, c'est tant mieux, mais si par contre un des mâles essaye de se déclarer dominant ou de s'accoupler avec la femelle, les autres mâles peuvent être tout simplement éjectés. 

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Chaque animal bénéficie d’un suivi individualisé, jusqu’aux petites préférences alimentaires : "Le petit cerf n’aime pas la courgette donc du coup on lui met du concombre !". Le sanglier (doté d'une magnifique coupe de cheveux qui ferait jalouser Elvis Presley) quant à lui aura des granulés ! 

 

Les enclos sont là aussi inspectés avec attention : clôtures, sol, bassins de boue (qu’ils apprécient particulièrement), arbres protégés, box pour se nicher s'il pleut, râtelier extérieur pour qu'ils puissent manger dehors. Rien n’est laissé au hasard, "on est là pour nos bêtes. S’ils aiment ça, on le fera, on est là pour eux" ajoute Mélinda.

 

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Ces espèces, bien que semblables à celles que l’on connaît en Europe, sont pourtant gravement menacées dans leur milieu naturel. Leur présentation au public joue donc un rôle essentiel de sensibilisation. "Il existe dans d'autres coins du monde la même espèce, mais pas la même sous-espèce, elles vont se ressembler, mais ne seront pas pareilles, et peuvent être a contrario très menacées dans leur milieu naturel."
Au sein du zoo, mais aussi avec d’autres établissements en France et à l’international, les échanges entre professionnels sont essentiels. Ils permettent non seulement de faire circuler les informations, mais aussi de partager les observations sur le comportement des animaux et les enseignements tirés de leurs expériences respectives.

 

Sixième étape : la préparation du futur vivarium

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Nous quittons Mélinda pour rejoindre Clarisse, soigneuse animalière depuis cinq ans au zoo, actuellement chargée (parmi ses autres missions) de l’aménagement du vivarium, et particulièrement de la création des terrariums. Le bâtiment lui a été livré vide, entièrement noir. À partir d’une liste d’espèces, tout est à imaginer et à construire.

 

Clarisse nous explique sa démarche, entre connaissances scientifiques et créativité. Chaque terrarium est conçu sur mesure, en tenant compte des besoins précis des animaux, ce qui implique la température, le taux d'humidité, les substrats, ou les petites cachettes. "Une fois qu'on a l'espèce et qu'on a tous les paramètres dont l'animal a besoin, la température des branches, où il peut creuser et où il peut se cacher, eh bien place à notre imagination !" plaisante la soigneuse. 

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Elle nous présente notamment le futur terrarium des pythons royaux, conçu après des recherches approfondies sur leur milieu naturel et les pratiques d’autres zoos. Trois semaines de travail ont été nécessaires. Les matériaux utilisés sont soigneusement sélectionnés, souvent récupérés dans le parc et traités pour éliminer parasites et bactéries. "Ça, c'est des choses que j'ai récupérées au cours des six derniers mois voire un an. Des écorces, des branches, des choses qu'on a récupérées dans le parc, qui ont été stockées au congélateur.", parce que cela va permettre de tuer tous les parasites. Le python royal n’est pas une espèce qui est nécessairement menacée, mais Clarisse précise qu’il y a quand même derrière encore une fois un discours pédagogique nécessaire, afin de montrer que même s’ils sont disponibles à l’achat dans certaines animaleries, "il ne faut pas faire n'importe quoi".

 

À côté, un autre terrarium accueillera un autre serpent, cette fois au milieu plus sec, l'idée de la composition de son terrarium sera donc ici un peu différente. Étant un serpent qui vit plus dans un milieu désertique, l'idée pour Clarisse est d'avoir un terrarium qui ne soit pas terreux comme celui du python royal, mais au contraire avec plus de sable, et plus ocre, couleur adaptée ainsi à l'espèce. Enfin, un espace plus minimaliste (car ils mangent tout !) est prévu pour les escargots, dans une démarche pédagogique assumée : "C’est vraiment dans la politique du zoo aussi de montrer tous les types d’animaux" rappelle Clarisse.

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Quelle que soit la saison, la base du métier reste la même : observer, nourrir, nettoyer, vérifier. Le nettoyage représente près de 80 % du temps de travail. À cela s’ajoutent les rendez-vous pédagogiques, essentiels lorsque le parc est ouvert. Comme le résume Mélinda, "le bien-être animal, c’est vraiment le maître mot des parcs zoologiques maintenant".

Un engagement quotidien, discret mais fondamental, qui permet au zoo de remplir pleinement sa mission : protéger, soigner et transmettre.

 

Elise Thomas
Crédit photos : Théo Bégler — Oyez Oyez

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