”Le buveur d'encre” croqué par Steve Baker

Le 02/07/2026

Dans Univers du Livre

Lors du festival de la BD d’Amiens, qui fêtait son 30ème anniversaire, j’ai rencontré Steve Baker, dessinateur normand ayant croqué “le buveur d’encre” de Eric Sanvoisin aux éditions Nathan. Ce best-seller de la littérature jeunesse a franchi le pas de la bande dessinée avec réussite !

J’ai interviewé Steve Baker avec l’aide de 2 jeunes lectrices : Césarine et Lisa. Il est donc bien normal de les inclure dans cet interview. Cette bande dessinée leur est adressée mais surtout, sans cette jeunesse et une certaine lectrice, Steve Baker serait passé à côté du vampire… En effet, dans un premier temps, il n’avait pas répondu à la sollicitation des éditions Nathan. C’est lors d’un dîner qu’il évoque le sujet à table. Sa fille, étonnée, lui dit que c’est un super livre et qu’elle l’étudie à l’école. Se faisant, elle va chercher l’ouvrage dans son cartable… Le déclic est fait, Steve Baker se lance dans la création de cette bande dessinée et de ses quelques personnages attachants.

Retranscrire un maximum d’émotion dans le trait

Césarine, tout ouïe, a demandé à Steve Baker comment il avait eu l'idée de créer ses personnages ? L'auteur normand a répondu : "Clairement les idées étaient toutes trouvées parce qu'en fait on m'a confié le roman d'Eric pour l'adapter, donc tout le matériau de scénario, je l'avais déjà. Juste après, il a fallu que je trouve et que je m'approprie les personnages. Là, il a fallu que je dessine beaucoup dans mes carnets [...] et surtout comment je vais pouvoir retranscrire un maximum d'émotions à travers ce petit personnage parce que ça va être l'acteur principal de mon histoire.” Il faut dire que les émotions passent très bien sous le trait de Steve Baker. 

Les textes sont là et les premières illustrations aussi, il faut donc s’en départir et en même temps respecter la publication originale. Steve Baker se joue alors de l’encre des mots mais aussi de celle pour colorier les planches. Le liquide coloré prend alors la place malgré le buveur ! Un clin d'œil où la paille devient le stylo, où l’encre à l’inverse se déverse sur les planches pour les imbiber. Comme un juste retour des mots prélevés puis digérés pour leur redonner une vie en aplat… 

Bande dessine le buveur d encre oyez oyez theo begler

Trois couleurs s’inspirant des illustrations originelles

« Pourquoi avez-vous choisi le buveur d'encre avec ces couleurs ? » a demandé Lisa qui attendait, elle aussi, pour la dédicace : « Alors les couleurs, c'est intéressant. J'ai pris trois couleurs [...] j'ai décliné tout ça pour en faire une palette cohérente et puis raconter toute mon aventure avec très peu de couleurs, mais en même temps qui font référence au travail d'origine. »

Cette régurgitation est une réussite, tant dans l’ambiance que dans les traits des personnages. On se prend d’affection pour chacun. Le vilain est vilain, mais l’est-il autant que ça ? Il ouvre les yeux à certains et offre à Odilon un espace imaginaire grandiose, une fois digérées les voyelles et les consonnes. Il y a cette petite touche d’effrayant qui est le bon dosage d’adrénaline pour les jeunes lecteurs, donnant un piquant “dentaire” comme l’air passant entre les dents pour signifier une surprise. Chacun boit à sa sauce, chacun puise dans ses pages devenues blanches une inspiration intellectuelle. L’histoire n’a pas disparu, elle s’est simplement ancrée dans le cerveau d’Odilon qui en fait de merveilleuses aventures. 
 

Steve baker leandre leber oyezoyez 3

Le travail de la main, comme une écriture différente.

Pour cet album, Steve Baker a échangé l’écran et la palette graphique pour la feuille blanche. Il y a retrouvé la nécessité d’y poser son trait. De griffonner, de jouer avec l’aquarelle et les accidents heureux que celle-ci peut laisser. Des lavis amplifiant l'atmosphère d’ombre, de pénombre, d’un liquide se répandant sur la feuille, comme pour la couvrir de l'absence de lettres. “L'encre, je l'ai vraiment mise en scène sous toutes ses formes dans l'album. C'est vraiment la thématique de l'album. Le vampire se nourrit d'encre, se nourrit d'aventures." argumente l’auteur normand. 

La palette de couleurs devient un personnage à part entière en y appuyant les émotions des personnages. Elles deviennent une grammaire, des lettres, une syntaxe qui prend tout son sens dans le corps du texte. Les derniers mots, tant qu’il me reste des voyelles et consonnes non bues, reviendront à l’auteur sur l’évolution de la pratique de la BD : “Je suis hyper attaché à la pratique artisanale de la bande dessinée parce que, en plus, je pense que c'est un peu la dernière chose qui va nous rester à nos auteurs.” Le travail de nos mains est là, à taper sur des touches ou à poser un trait, l’important est que cela soit de nous et à nous. 
 

Léandre Leber
Crédit photo : Léandre Leber et Théo Bégler - Oyezoyez.fr

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