Chez Elvine, le carnet de voyage d’une artiste sans frontière

Le 20/05/2026

En mai, fais ce qu’il te plaît ! C’est la devise que s’est appliquée Elvine, illustratrice et peintre, en se lançant un nouveau défi : un jour, un portrait. L’occasion de découvrir en ce mois printanier l’étendue des talents de cette artiste amiénoise.

Depuis l'enfance, le dessin est une évidence pour Bénédicte Fady, alias Elvine. Ses cahiers de collégienne en gardent la trace quand dessiner lui permet à cette époque de s’évader et de combler le temps scolaire qui lui paraît interminable.

Une envie d’ailleurs qui se matérialise dans ses vœux d’orientation en fin de 3ème. « J’avais mis illustratrice ou Médecins sans frontières. Rien à voir. Je pense que dans ce dernier métier, c’était le "sans frontières" qui m’intéressait. » C’est finalement l'image qui prend le dessus. Pour autant, son parcours reste marqué par une quête de liberté et un refus de se laisser enfermer dans un style unique. 

“J’ai besoin de cette diversité pour m'exprimer”

En exploration permanente, la résidente amiénoise, originaire d’Alsace, passe de l'illustration jeunesse à la peinture, du cyanotype au dessin de presse ou au strip de BD. Pour elle, les multiples "cordes à son arc" ne sont pas des options de carrière, mais des canaux différents pour donner le meilleur d'elle-même. Une façon de faire cohabiter ce besoin d’espace et de créativité dans le parcours professionnel qu’elle mène depuis 22 ans.

 

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31 jours, 31 portraits : le défi pictural du mois de mai

Au fil du temps qui rythme les saisons, la diplômée de l’école d’art Emile Cohl de Lyon aime naviguer entre les différents médiums. Pour elle, le talent n'est pas un trésor à garder, mais un flux qui doit circuler. Ainsi, les périodes se succèdent et laissent la place à d’autres challenges.
Après avoir achevé sa dernière commande en tant qu’illustratrice (un livre pour enfants sur l’histoire de deux saints ayant marqué de leur empreinte Amiens : saint Martin et saint Firmin, aux éditions Poé), l’artiste, qui comptabilise une quinzaine d’albums illustrés à son actif, s’est lancée corps et âme dans son nouveau projet :
un jour, un portrait !

Un rendez-vous quotidien qui alimente depuis le 1ᵉʳ mai ses réseaux sociaux, où elle dévoile chaque matin une œuvre, minutieusement préparée en coulisses.

Derrière cette galerie se cache une immersion totale dans l'intimité des visages, une quête de lumière qui voyage entre la spontanéité de l’enfance et la sagesse des rides. Point de calcul ou de casting de proches. Le choix des modèles s'est fait au coup de cœur, guidé par une seule boussole : l'inspiration et la lumière.

« Pour moi il faut que ce soit joyeux. La couleur, la poésie, la joie... quelque chose qui nous tire vers le haut. »

Si les 31 créations partagent rigoureusement le même format de départ, l’exposition de ce projet révèle là encore une joyeuse diversité. Fidèle à son habitude de ne jamais se cantonner à une seule ligne droite, l'artiste a chiné et préparé des écrins uniques pour chaque œuvre : des bois différents, des tailles variées, des moulures singulières. Une étape finale qui s'est avérée être un second défi dans le défi : « J’ai fait tous les cadres à la main... Je pense que ça m’a pris plus de temps que de faire les dessins ! » s’amuse-t-elle à nous révéler.

Traités principalement à l'aquarelle sur un papier grainé, chaque tableau est minutieusement signé, authentifié d’un monogramme frappé au tampon - son logo d'illustratrice - marquant le sceau du fait-main face au tout-numérique.

 

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Le jeu des contrastes

Dans cette série, un portrait retient particulièrement l’attention : celui d'un enfant, au magnétisme immédiat. « J’aime beaucoup les visages africains parce que je trouve qu’il y a de beaux contrastes sur la peau », confie-t-elle.
Ici, c'est la
frontière entre l'ombre et la lumière qui crée une atmosphère presque sacrée, un côté « un peu méditatif ».  Pour ce visage, la peintre a troqué ses godets pour de l'encre. Celle-ci permet d’obtenir des noirs profonds, vibrants, qui sculptent les reliefs de la peau avec une force brute.

Le plaisir de saisir la vie en instantané !

Tout comme elle affectionne l'aquarelle pour son côté immédiat, Elvine aime dessiner sur le vif. Dans la rue, le hall d’une gare ou une salle de spectacle, son carnet à croquis devient le réceptacle des silhouettes qui passent, des regards qui se croisent. Par l’assurance d’un tracé sans filet, au feutre ou au stylo, elle fige des instants de vie qu’elle peut illuminer de son aquarelle.

Pourtant, en feuilletant un carnet, l'artiste ne revoit pas seulement une image ; elle se souvient du vent, de l'odeur du café, du bruit de la rue et de la discussion des gens qui passaient. Cest comme un album photo, mais avec la sensation en plus”, le dessin grave la scène dans la mémoire de celle qui le trace. 

 

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« Mon bonheur, c'est de faire des croquis de ce que je vois. »

Sa participation aux rassemblements de dessinateurs de rue des « Urban Sketchers Amiens » illustre parfaitement cette idée.
« On pose tous nos carnets par terre... Il n'y a pas de jugement, c'est vraiment juste l'idée d'être ensemble et de partager un moment créatif. »

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Un pur plaisir qui lui permet de sortir du cadre professionnel pour partager des temps de création collectifs en plein air. 
Nul doute que pour
Elvine, la diversification n'est pas un manque de cohérence, mais une respiration nécessaire pour éviter l'ennui et rester fidèle à sa propre lumière.

Véronique Aurivel
Crédit photos : Léandre Leber - Oyezoyez.fr

 

Pour plus d’informations :

Le book d’Elvine

Son Instagram  

Son Facebook 

Instagram des Urbans Sketchers Amiénois