Macérâts et Tralala : De la plante à la cosmétique, il n'y a qu'un pas !

Le 11/03/2026

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Dans les Hortillonnages à Amiens, entre les canaux et les parcelles maraîchères, Angèle Dumy cultive bien plus que des plantes pour sa marque Macérâts et Tralala. Elle y fait pousser une autre idée de la beauté : locale, sobre et engagée ! Nous sommes allés à sa rencontre au sein de l'Atelier Amiénois, l'écrin où l'on peut désormais retrouver toute sa gamme de produits.

La racine du projet

Sa passion pour le végétal ne date pas d'hier. Il y a une dizaine d’années déjà, Angèle cultivait des plantes comestibles et médicinales qu'elle utilisait à des fins alimentaires, avant de découvrir qu'elle pouvait aussi les utiliser pour en faire des cosmétiques. Lors de ses cinq dernières années en tant que professeure, le projet germait : "J'avais déjà quand même l'idée de faire quelque chose autour des cosmétiques, alors j'ai commencé par les ateliers".

Une activité qu'elle a choisi de pérenniser aujourd'hui : "Que ce soit pour les particuliers, les associations, les collectivités ou les entreprises, c'est quelque chose que je garde parce qu'il y a le côté pédagogique justement. Prof, j'aimais bien ! C'est un métier que j'ai aimé faire justement, le côté transmission, tout ça, c'est quelque chose que j'aime" nous dit-elle. 

 

Angele interview

Maîtriser la terre pour sublimer la peau

Elle savait d’abord qu’elle souhaitait développer des sérums, car elle utilisait déjà ce type de soins au quotidien. La réflexion s’est ensuite naturellement orientée vers la composition et la formulation, en fonction des plantes susceptibles d’être utilisées. Au début, Angèle ne cultivait pas encore ses propres plantes : elle s’approvisionnait auprès d’une exploitante agricole installée, comme elle, dans la Baie de Somme, dans une volonté de travailler localement. Lorsque cette productrice a cessé son activité, la créatrice s’est trouvée face à un dilemme : "Soit trouver quelqu’un d’autre pour la remplacer, soit m’y mettre moi-même". Cette transition l’a finalement pousser à se lancer dans la culture des plantes, transformant ses premières expérimentations au jardin en une véritable activité agricole. Elle y a vu "un signe" : dès lors, elle a choisi de placer la plante et ses vertus au cœur de son processus, définissant la matière première avant même d'élaborer la formulation finale de ses soins.

Echalandage produits
Zoom serum huile

Sa philosophie ?

Consommer moins, mais mieux, et faire attention aux dépenses, car pour Angèle, la cosmétique et l'alimentation vont de pair. Il y a beaucoup d'ingrédients de matières premières controversées qui sont pas bonnes pour la santé, nous précise-t-elle. "Donc moi je me suis lancée dans la cosmétique naturelle à la base pour ça : un côté santé et environnemental". Une démarche de sobriété visant à désencombrer la salle de bain, un lieu où règnent encore trop souvent les contenants en plastique.

Mais alors, qu'est-ce qu'un macérât ? 

Zoom coffret hortillonages

Ce sont des plantes qui macèrent dans de l'huile végétale dans des bocaux en verre. Puis, l'entrepreneuse les fait sécher afin d'éviter toute contamination qui serait liée à l'humidité de la plante. Cela ne retire en rien leur qualité, au contraire, le produit en sera plus concentré. Le macérât peut être préparé en le chauffant, mais Angèle ne recourt pas à cette méthode afin d’éviter toute dépense d’énergie supplémentaire. La commerçante fait macérer plus d'un mois, puis filtre le contenu. C'est donc l'huile chargée en molécule des plantes qu'elle récupère, et qui devient le macérât. "C'est une nouvelle matière première que je vais utiliser ensuite pour faire mes produits, que je vais mélanger d'autres huiles végétales pour avoir le panel des acides gras, omégats 3, 6, 9, dans un même produit."

 

L’essentiel, sans une goutte d’eau

Dans sa gamme, une dizaine de produits pour le visage, le corps et les cheveux, mais pas d’eau. Un choix qui peut paraître surprenant. "On a l’habitude d’acheter des crèmes faites à 80 % d’eau. On achète essentiellement de l’eau… et on la paye cher." Selon elle, l’eau n’hydrate pas la peau au sens strict : "Pour hydrater sa peau, il n’y a qu’une solution, c’est boire de l’eau". Le cosmétique, lui, nourrit, protège, empêche l’eau de s’évaporer. Et résultat : des formules concentrées, riches en principes actifs, qui durent longtemps.

La mise au point d'un produit peut aller de 6 mois à un an, rythmée par une multitude d'essais. "Je teste, je formule, j'expérimente. Je teste en premier lieu sur moi. Ensuite la famille, j'ai des petits cobayes" plaisante-t-elle. Après avoir peaufiner sa recette, elle se plie aux exigences réglementaires. Le parcours est rigoureux : l'évaluation par un toxicologue pour écarter tout risque sanitaire, la mise aux normes du packaging, l'enregistrement européen et la constitution d'un dossier d'information produit (DIP) pour assurer une traçabilité complète : "Je dois toujours savoir d’où vient le lot d’huile que j’ai utilisé", nous précise Angèle. 

Zoom coffret serum visage

Tout est pensé dans une logique locale. "Quand on commence à regarder sa consommation, on voit bien que tout ce que l'on achète vient quand même d'assez loin" nous explique Angèle. Ainsi, certaines de ses huiles (lin, chanvre, cameline, colza) sont issues d’agriculteurs bio près d’Amiens. D’autres viennent du centre de la France, du sud-ouest ou de Bretagne, toujours auprès de producteurs identifiés, avec qui elle partage la même philosophie. "Je veux savoir d’où vient l’huile, comment elle est faite. Mettre en avant le savoir-faire de chacun." Et puis il y a évidemment sa parcelle dans les Hortillonnages, qui lui est prêtée par l’Association de sauvegarde du site. La créatrice y prépare un projet pédagogique pour accueillir des scolaires : une manière de transmettre, encore et toujours ! Pour compléter sa production, elle a également recours, de temps en temps, à la cueillette sauvage, "de ce que je n'arrive pas à produire sur place [...] avec des évidemment pas d'animaux, pas de jardin avec des polluants, donc je fais très attention à sélectionner", comme la pâquerette, très longue à faire pousser !

Les contenants eux aussi ont été étudiés pour suivre sa démarche écologique : ceux-ci sont en verre. "On peut les recycler à l’infini, les réutiliser, me les ramener." Un protocole de nettoyage permet de les remettre en circulation.

Des réussites, mais aussi des échecs !

Zoom rollon

Son premier grand défi ? Le déodorant. "J’ai mis très longtemps à avoir la formule parfaite. Il était trop pâteux…" Aujourd’hui, c’est l’un de ses produits phares, avec ses sérums visage. Le petit nouveau est le "Roll-on Regard et Sourire", et un autre projet est en cours : celui du maquillage naturel, très demandé, mais qui constitue aussi un terrain plus complexe, où la couleur et la subjectivité entrent en jeu. "Ce qui va me convenir ne va pas forcément plaire à tout le monde."

Où peut-on la retrouver ? 

On retrouve ses produits à Amiens, à l’Atelier Amiénois, sur les marchés de créateurs et sur son site en ligne. Beaucoup de clientes reviennent. "Ici, c’est quasiment que des habituées. Elles viennent se réapprovisionner." Les ateliers restent un pilier de son activité : chacun repart avec un produit personnalisé, formulé selon ses besoins. "Tout le monde ne va pas avoir exactement le même produit."

Au fil des saisons, Angèle Dumy construit donc une activité qui lui ressemble : simple, locale et tournée vers le naturel. Entre la culture des plantes dans les hortillonnages, la fabrication des produits et les ateliers qu’elle anime, elle garde toujours le même objectif : proposer des cosmétiques plus sains et montrer qu’il est possible de consommer autrement.

Informations supplémentaires

Rendez-vous sur son site pour découvrir tous ses produits et prochains ateliers, ou bien en physique dans les points de vente suivants : 

  • L’Atelier Amiénois, 15 rue Flatters, Amiens
  • Jean Trogneux, Parvis de la cathédrale, Amiens
  • Causettes Berck, 50 rue Carnot, Berck
  • Belle Naturellement, 10 Rue Dufour, Belloy sur Somme
  • Calliste Herboristerie, 17 Rue Jules Ferry, Auby
  • Vrac en Somme, épicerie itinérante

Elise Thomas
Crédit photos : Léa Monard — Oyez Oyez

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