RAEV Maroquinerie : Transformer les déchets souples en trésors !

Le 04/03/2026

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Dans la métropole amiénoise, RAEV Maroquinerie (située au 27 Rue Octave Cayeux, à Rivery) n’est pas une marque comme les autres. C’est une entreprise qui redonne vie à des matières destinées à la destruction. Nous avons rencontré sa fondatrice, Léa Rizo, qui nous a expliqué son concept !

Une entreprise née d'une forte conviction

RAEV maroquinerie, c’est d’abord une histoire de circonstances. Le point de départ réside dans un projet entrepreneurial initié en région parisienne en 2019. Puis les événements s'enchaînent : la crise sanitaire qui met l'activité en pause, un déménagement à Amiens et une maternité. Le lancement prend du retard, mais la marque finit par décoller en 2021. 

Le parcours de Léa Rizo ne doit rien au hasard. Avant de créer son entreprise, elle a pris le temps d’explorer et de comprendre les rouages du monde industriel. Son bagage est solide : mise à niveau en arts appliqués à Branly, BTS design de produits, Master en génie industriel, puis une alternance chez Louis Vuitton (dont la production française a immédiatement séduit l'entrepreneuse). Après deux ans comme cheffe de projet dans l'univers des startups à Neuilly-sur-Seine, elle complète son expertise par un CAP maroquinerie.

Une fois ses premières armes forgées, il lui fallait désormais un véritable atelier. Le tout premier de 40 m², installé sur son lieu de résidence, est aujourd'hui trop étroit. Un déménagement vers un local deux fois plus grand est prévu. L’objectif ? Grandir, mais aussi ouvrir ses portes aux professionnels. "Il y en a certains qui insistent beaucoup. Parce qu'ils veulent voir l'atelier, ça a un côté un peu nébuleux pour eux. C’est un peu les coulisses, on se demande forcément un peu comment ça marche."

Lea elise atelier

RAEV, kesako ? 

Machine coudre

RAEV est une entreprise qui redonne vie aux déchets souples des professionnels en objets de communication, c’est-à-dire en goodies, merchandising, ou cadeaux d’affaires. L’idée est ici de "créer de la valeur à partir de leurs déchets". Cela permet aux entreprises de faire en sorte qu’ils amoindrissent leur impact environnemental. À partir des objets réalisés, celles-ci peuvent les offrir à leurs salariés, fournisseurs ou partenaires. Chaque pièce, issue d’un graphisme préexistant ou d’un matériau spécifique, devient un ambassadeur singulier de l'identité visuelle de la marque.

Ces matières (souvent composées de deux plaques de PVC avec un maillage en nylon) sont quasiment impossibles à recycler. Leur séparation est trop énergivore et les procédés s'avèrent d'une compléxité extrême. Celles-ci finissent donc généralement en enfouissement ou en destruction. Mais RAEV est là pour contrer cette logique !

Pour y parvenir, sa fondatrice choisit une voie particulière, celui de upcycling (ou surcyclage) : "C'est une évidence et qu'on a un peu perdu parce que nos grands-parents le faisaient, ça existe depuis la nuit des temps." Elle nous en donne d’ailleurs sa définition : "C'est le fait de réinjecter un objet qui est considéré comme défectueux ou un déchet dans un cycle produit. L'upcycling, c'est valoriser sans transformation chimique ou mécanique. Donc sans dépense d'énergie pour revaloriser la matière et sans transformation de la matière ; il y a un impact en plus environnemental qui est moindre."

Mais l’upcycling a aussi ses contraintes. Comme elle le reconnaît volontiers, "c'est une grosse prise de tête". Rien n’est simple ni immédiat : il faut d’abord désassembler minutieusement les objets pour isoler les parties réutilisables, celles qui pourront être réintégrées dans un nouveau cycle de conception. Tout cela demande plus de temps !

Une démarche écologique et sociale

RAEV signifie “renard”. Le renard est souvent considéré comme nuisible. Pourtant, il joue un rôle essentiel dans l’écosystème. "Les matières que je traite sont considérées comme nuisibles aussi. Mais elles font partie d’un cycle. Il faut les réinjecter." Et puis, dans l’imaginaire collectif, le renard est futé, il trouve des solutions. Exactement ce que RAEV propose aux entreprises face aux nouvelles obligations, notamment la gestion des déchets textiles devenue obligatoire en 2025. "Mon entreprise, je veux que ça soit ça, je veux que ça soit un outil qui soit au service des entreprises pour leur trouver des solutions à des problématiques qui sont un peu nouvelles et auxquelles elles doivent faire face", ajoute l’entrepreneuse.

Léa a toujours placé l’environnement au cœur de son travail. Pour la designeuse, c'est une évidence : "Parce que pour moi, travailler l'écologie, c'est travailler l'avenir, quelque chose qui est durable pour moi est forcément rattaché à l'environnement, on ne pourra pas faire sans". Après une expérience dans une entreprise d’upcycling en région parisienne, elle décide de ramener ce modèle sur son territoire. Aujourd’hui, elle est l’une des seules en Picardie à proposer cette solution comme activité principale, avec une ambition industrielle : produire des séries de 3 000 à 5 000 exemplaires.

Mais l'engagement de RAEV ne s’arrête pas à l’écologie. L’aspect social est tout aussi primordial : une partie de la production est réalisée à la maison d’arrêt d’Amiens, en collaboration avec l’association Wallbreaker. "J’y vais régulièrement pour les former parce que c'est des peines qui sont courtes, donc il y a un gros turn-over au niveau des personnes. Ils sont très enthousiastes, c'est super chouette." Ces quatre salariés détenus participent au nettoyage, à la coupe et bientôt à l’assemblage. En seulement un an, l’activité a permis de créer un poste d’encadrant à temps plein !

 

Lea interview

Un fonctionnement simple mais efficace 

Stock materiel

Le processus est toujours le même :

  • Une analyse des déchets disponibles, avec une expertise chez le client
  • La proposition d’un catalogue adapté
  • Le choix des entreprises parmi ce catalogue
  • La quantification de Léa
  • La validation de la part des entreprises
  • La collecte et le traitement : la matière est nettoyée (parfois simplement à l’eau et au savon), découpée, triée, puis transformée.


Les objets sont entièrement personnalisables, et les logos peuvent être réimprimés sur des chutes existantes. Une étiquette intérieure permet au client de valoriser sa démarche RSE. RAEV travaille en marque blanche, le souhait de Léa étant de mettre en avant l'engagement de ses clients avant tout.

De la PME aux grands groupes comme Vinci Énergies ou Bouygues, tout le monde peut faire appel à RAEV : "Je ne suis pas très regardante sur le type d'entreprise. Parce que s'ils veulent faire appel à mes services, c'est déjà super chouette qu'ils mettent en place quelque chose qui va moins impacter notre environnement sur notre territoire. Ensuite, j'ai pris aussi le parti de rester sur des quantités d'entrée de production très basses."

Preuve de la pertinence de son modèle, Léa n’a jamais eu besoin de démarcher : "Je n’ai jamais fait de prospection. Ça a toujours été du bouche-à-oreille.". Cet effet "boule de neige" est d’ailleurs sa plus grande fierté !

Pourtant, le défi majeur reste humain. Pour Léa, il s'agit d'exister au-delà de la structure : "Le monde de l'entrepreneuriat ce n’est pas quelque chose de glamour, c'est super dur. Moi j'ai la chance de faire véritablement quelque chose qui me sur passionne." Derrière la passion et l’engagement, il y a aussi la nécessité de trouver un équilibre, et de ne pas se laisser entièrement absorber par son entreprise.

 

RAEV propose aujourd’hui cinq offres pour répondre à tous les besoins :

  • Un catalogue existant
  • Du sur-mesure
  • Une offre “blanche” pour les entreprises sans matière première
  • Des ateliers collaboratifs en entreprise
  • Et bientôt une boutique en ligne avec des collections capsules (cathédrale, zoo d’Amiens, bleus de travail…)
     

La gamme de RAEV propose aujourd'hui une douzaine de références : porte-clés, porte-cartes, trousses, sacs de voyage, sacoches d'ordinateur ou encore poufs.

L’une des réalisations les plus emblématiques de l'entreprise concerne la bâche monumentale de la cathédrale d’Amiens (30 m x 14 m). Commandé par la DRAC et le CMN, le projet consistait à transformer cette immense photo de la porte de l’orgue en tote bags et cabas vendus notamment à l’office de tourisme. Chaque sac est unique, "c’est un morceau de notre patrimoine !"

Pouf raev
Porte cle raev
Produitfini raev

Des objets mais surtout des histoires humaines !

Une anecdote illustre bien l’esprit RAEV. Une entreprise souhaite offrir un cadeau de départ à la retraite à l’un de ses salariés. Ce dernier a conservé tous ses bleus de travail, marqués des différents logos successifs de la société au fil des années et des rachats. RAEV récupère ces vêtements, crée un immense patchwork et fabrique deux sacs bowling retraçant les 30 ans d’histoire de l’entreprise. Le salarié est très ému. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : il offre le deuxième sac… à sa femme, rencontrée dans la même entreprise ! "J’ai fait deux sacs qui retracent la vie d’une entreprise. Mais aussi la vie de quelqu’un", nous confie avec émotion la designeuse.

Une nouvelle diversification : le recyclage plastique

RAEV s’ouvre aussi désormais peu à peu à la plasturgie. Son premier projet d'envergure ? Recycler des casques de chantier et des chutes de PVC pour l’entreprise Colas. L'objectif est de concevoir un objet de bureau hybride : un pot à crayons et un mini-bac à fleurs, destiné aux cadeaux de vœux de l'entreprise. Ici, on parle bien de recyclage avec transformation industrielle, complétant ainsi l'approche initiale de l'upcycling. Une diversification stratégique et une preuve supplémentaire qu'une industrie plus écologique est possible !

L’entreprise évolue, l’atelier est voué à s’agrandir, et les projets se multiplient. Mais l’essentiel reste le même : trouver des solutions intelligentes, locales et humaines à des problématiques environnementales bien réelles. Bref, une entreprise aussi futée qu'un renard !

 

Elise Thomas
Crédit photos : Léa Monard — Oyez Oyez

Pot colas
Pot fleur crayon

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